Rôti Maillot

T’inquiète pas, ça passera …

« Je me sens seule. Très seule ».

Si je n’avais pas été de la famille de cette personne, et si je n’avais pas ressenti exactement le même mal à son âge j’aurais presque pu rire. Habitant une grande ville, ayant plein d’amis, voyageant beaucoup, étant bénévole dans des associations culturelles, aimant la fête plus que de raison, ayant une famille merveilleuse et une vie confortable, comment à 22 ans peut-on affirmer d’une voix si fragile :

« Je me sens seule. Très seule. » ?

Pas de négociations possibles dans la réponse. D’ailleurs, pas de réponse attendue. J’ai tellement envie de lui dire « T’inquiète pas, ça va passer. Je te le promets, ça passera. », mais je ne lui dirai pas. Jamais. Elle ne veut pas l’entendre. Elle n’est pas prête à l’entendre. Pourquoi ? Car elle est convaincue au plus profond d’elle-même que ça ne passera jamais. Que c’est impossible. Que ce mal qui ronge son plexus va la bouffer jusqu’à en crever. Je le sais, il a rongé le mien pendant presque 10 ans. Je ne souhaite à personne, pas même à mon pire ennemi, de ressentir ça. Alors quand cette jeune femme, membre de ma famille, belle comme le jour, drôle et tendre comme un cupcake vodka/chocolat (Oui, ça existe. Et oui, c’est drôle un cupcake), me parle de sa vie et conclut par ce cri du cœur, j’ai juste envie de lui arracher son mal. Lui arracher tous ses maux.

photo-1414788020357-3690cfdab669

La solitude, dans ce récit, n’est pas le fait d’être seule « physiquement ». Car bien au contraire, les personnes que je connais victimes de ce mal sont très entourées et très occupées.

J’ai presque envie de l’appeler « le mal de l’indépendante ». Ce mal qui te fait vivre des millions de choses à mille à l’heure. Ah ça oui, tu les vis ! Et puis tous les soirs tu rentres chez toi. Et tu essaies de les oublier pour passer aux suivantes. Parce que tu ne peux pas profiter de l’instant. Pourquoi devrais-tu ne partager ça qu’avec toi-même ? C’est injuste non ? C’est aussi comme si CHAQUE décision à prendre était impossible. Insurmontable. Et une fois de plus, injuste.

Ma chérie, mon amour, ma vie. Je sais que tu ne veux pas l’entendre alors je te l’écris : Je sais ce que c’est, je suis passée par là. Ça passera.

Car depuis, toutes ces aventures, ces rencontres, ces épreuves, ces décisions, ces joies et ces peines m’ont fait comprendre que j’étais ma meilleure amie, ma meilleure alliée et mon propre ange gardien.

Tu prendras conscience de ça très vite, je te le promets. En attendant je veillerai sur toi, et je ferai en sorte que tu n’aies pas trop mal. J’essaierai de soulager ta peine. Je te le promets.

Ne plus ressentir cette solitude comme un mal profond c’est être intimement persuadé que l’on peut compter sur soi-même. Avoir confiance en soi fait partie de ce processus, mais pas que. Savoir qu’on peut compter sur soi c’est savoir se faire confiance. Ça serait comme être capable de se dire « Ça va aller je suis là ».

Et puis un jour, quand on y arrive, on affronte la vie, ses bonheurs et ses épreuves, en sachant que, quoiqu’il arrive, il y aura toujours ce petit quelque chose au fond de nous qui  nous fera prendre nos décisions sereinement, qui nous fera profiter pleinement de nos folies et qui nous fera aimer être seule avec nous-même sans se suffire à soi-même.

Salomé.