Rôti Maillot

T’es en train de me juger là ?

préjugés-les midinettes

Je revenais d’une répétition de théâtre, quand mon amie qui m’avait accompagnée me dit « C’est marrant ton pote là. Il avait des Air Max ». Moi naïve que je suis « Ouais, et donc ? ». Rire nerveux de mon amie, qui me connaît bien, qui sait détecter la lionne qui sommeille en moi. « Non mais tu trouves pas ça drôle un mec qui fait du théâtre et qui porte des Air Max ». J’avais bien compris au fond le gros préjugé qui se cachait derrière cette phrase, mais je continuais « Ouais, et donc ? ». Essayant de se sortir de ce beau merdier, elle me dit « Bah, tu sais bien. Les gens qui font du théâtre. Ils sont un peu. Enfin au niveau de ça. Tu vois quoi. »

Derrière cette brève petite histoire on peut se remémorer toutes les fois où nous avons été si courts d’esprit, et où nous avons pu sortir de telles absurdités :

« Il n’a pourtant pas une tête d’homo ! »

« Elle a le QI d’une esthéticienne »

« C’est bizarre un gros qui fait du sport »

« Ah bon ? Toi ? Toi tu regardes Secret story ? »

Déclinables à l’infini.

J’essaie tant bien que mal d’avoir un filtre. Quand j’ai un préjugé, j’évite de le dire. Car souvent, c’est con un préjugé. C’est sale un préjugé.

Le préjugé nous enferme dans des boîtes, ces mêmes boites que nous avons construites dans nos têtes à l’école. Avec le temps elles évoluent, mais à l’époque ça devait donner ça : les cools, les normaux, les intellos, les bizuts, les inexistants. Parce que bien sûr on ne pouvait pas être Cool/Intello et inexistant… Ces petites cases se sont multipliées au fil du temps avec les sexys, les carriéristes, les bimbos, les profiteurs, les chieuses, les indépendants … Y’a des jours j’aimerai les faire exploser ces petites boîtes… On passe à côtés de plein de choses et de plein de gens à force de les cataloguer et surtout d’être persuadées qu’un intello est juste un intello.

Finalement on a beau dire, dans l’inconscient ou même le conscient collectif et individuel on appartient tous à une catégorie de personne. Et la curieuse que je suis aimerait tellement savoir où les gens me positionne. Je ne suis pas celle qu’on drague, je suis celle qu’on observe. J’ai souvent l’impression d’être une bête de foire… Pas très réconfortant. Alors ce ressenti-là comment je l’évite ? En évitant de ranger les gens dans des cases.