Rôti Maillot

Le jour où j’ai fait un acte militant.

J’ai toujours été cette grande gueule contestataire. Pour tout, depuis toujours. Contre les compotes de la cantoche, contre les heures de colle injustement données, contre la veste horrible de mon prof d’Espagnol, contre la pénurie de mayo au self… Ce trait de caractère si facilement moqué. Tout cela s’est transformé en défense de causes un peu plus justes : lutte contre le racisme, le sexisme, l’homophobie, Le Pen et Sarkozy.
Et puis en grandissant il y a eu les manifs, les embrouilles et le droit de vote.

Cependant je ne me suis jamais sentie viscéralement impliquée dans toutes ces grandes causes. Je ne m’estime pas politisée, féministe ou même écologiste. J’agis à mon niveau. « Je me respecte en respectant les autres » comme j’aime le dire. Autant physiquement et socialement qu’humainement.

Pourtant en cette fin d’année 2014, j’ai eu envie de cracher sur « des » gens. Et j’ai de plus en plus souvent envie de cracher sur « des » gens.
Ces 64% de Français qui pensent que ceux qui sont au chômage sont des fainéants, et ces autres qui pensent qu’une personne vivant dans la pauvreté n’aurait pas fait le maximum pour « y arriver dans la vie » … Ça et tout le reste. Ce n’est pas ma France à moi. (Bisou Diam’s)

article 2

Depuis plus d’un an sur Bordeaux, j’aspire à une vie professionnelle stable. LA BLAGUE, surtout quand tu es dans le socioculturel. Dernièrement on m’a conseillée auprès d’une association. En effet mon profil correspond parfaitement à leur recherche. Certes c’est un 20h en contrat aidé … Je vous passe les détails (=contraintes ?) qu’engendrent les contrats aidés. Et cette association, qui a pignon sur rue à Bordeaux, recrute. Sauf que lorsque l’on est dans le milieu associatif on doit lutter contre la précarité, à mon avis.

En fait aujourd’hui les associations arrivent à fonctionner principalement avec ces fameux « contrats aidés » dit « CAE_CUI », qui ont été créés pour donner une chance aux personnes peu ou pas diplômées. Partant de ce postulat, selon vous est-il donc tout à fait normal de proposer un poste en contrat aidé de 20h et d’exiger une expérience similaire de 2 ans minimum ? Un master en gestion de projets ? Une dissertation (d’une centaine de lignes) sur des actions à mettre en place… à rendre avant l’entretien : travailler gratos en gros ? Et sinon, ils ne veulent pas un don d’un de mes organes aussi ?

article 3

Préférer créer plusieurs 20h en contrat aidé plutôt qu’un emploi à 35h pour avoir plus d’aides de l’Etat, ce n’est pas un acte de lutte contre la précarité. Demander avant l’entretien si le futur employé est bénéficiaire d’une allocation, du RSA ou tout autre complément de salaire, ce n’est pas un acte de lutte contre la précarité : c’est illégal. Dissuader quelqu’un de cumuler deux contrats de 20h (afin de pouvoir faire des heures supplémentaires), ce n’est pas un acte de lutte contre la précarité : c’est de l’exploitation.

Sachez que sous mes airs revêches, j’ai toujours travaillé ; dans plusieurs domaines, tous aussi variés que difficiles. Je n’ai jamais refusé un entretien quel qu’il soit.

Ce Mardi 3 Décembre 2014 à 10h, j’ai refusé un entretien. C’est ce jour-là, où pour défendre mes valeurs, mes convictions et mon droit à un travail et à un salaire décents, j’ai défendu ma condition de salarié. Le jour où j’ai fait un acte militant.

Libérer, délivrer … Résister.