Rôti Maillot

Kebab Théâtre – Part 2

Kébab Théâtre - Part 2

Article co-écrit par Tiphaine et Salomé P. 

Kébab Théâtre - Part 2

Donc le fameux A. arrive, avec un pote moche comme les blés (c’est mon expression j’ai le droit) et…et… une nana. Why not. Il a peut-être juste oublié de préciser qu’il venait avec des potes, une pote et un pote. Enfin voilà quoi, c’est possible hein.

Nous on sirote nos mojitos bientôt terminés avec un regard de hyènes énervées. Emmener une copine à un faux-double-date avec une nana ça se fait pas trop en fait. Mais bon, à la limite, on peut prendre sur nous. Jusqu’à un certain point quoi.

 

C’est quoi ce délire d’une autre nana? Parlons franchement, par les temps qui courent c’est la guerre. Cela dit, nous avons un seuil de tolérance bien élevé, et une attirance particulière pour les nouvelles rencontres puisque, de toute évidence, c’est une amie du beau garçon. Alors soyons cool, sociables et détendues, tout va bien se passer. Et voilà que sortent quelques mots de ma sublime bouche (oui, j’ai le droit) pour cette C. « Salomé, enchantée. Prend cette chaise », la dite chaise est à côté de la mienne. Je me vois essuyer un refus de la part de C.

 

Enfin tous réunis, A. brise la glace et nous balance un « C’est une rencontre de geeks ce soir ». Je le regarde interloquée. Ok je suis toujours accrochée à mon portable mais bon il est pas obligé de juger comme ça. Je lui demande plus d’explications.

« Bah oui, Salomé je l’ai rencontré sur Adopte et C. (l’autre donc) sur Tinder. »

What ??

Whaaaaaat ??

J’explose de rire. Signe indéniable qu’au fond, j’enrage. Sérieusement ? La fameuse C. est en fait exactement dans la même situation que moi. Je reste sans voix, idiote, ridicule. Heureusement, à l’inverse de C., j’ai une amie formidable de mon côté. 

 

Je tiens à rétablir la vérité. La C. n’est pas du tout choquée. Je pense qu’elle veut juste baiser ou faire bon effet pour être l’heureuse élue. Après tout l’abonnement à Body Minute doit être rentabilisée. C’est ce soir ou jamais.

Trêve de plaisanterie. Non parce que c’est pas drôle. Je suis choquée. Comment on peut faire ça ? J’en parle à tout le monde depuis des jours en racontant à quel point je suis choquée mais je le suis vraiment, hein.

Donc je le dis. C’est pas possible, mec, de faire ça. « Donc tu emmènes deux nanas au même rencard ? ». A. de répondre « c’est pas un rencard, on prend juste un verre entre potes ». Ok, il me tue là. J’en peux déjà plus de temps de goujaterie. Je lui fais savoir non sans un visage outré que ça se fait pas. Vraiment. « J’ai jeté un froid ». Non sérieusement, tu crois A. ? Y’a encore des mecs comme ça qui existent.

J'ai jeté un froid ?

J’ai jeté un froid ?

Voilà mon amie exceptionnelle vient de vous écrire précisément en trois paragraphes ce que j’ai lu sur son visage en 30 secondes. Je réalise alors que j’ai eu une fois de plus totalement faux, que ce soir au combat Institut vs Body minute je connais déjà les gagnants. Une personne à totalement raison, ma copine de toujours qui a encore tout son esprit. A. me fait comprendre que je ne dois pas m’offusquer, qu’il ne m’a jamais promis un rencard. Soit. Mais « viens boire un verre avec mon pote et moi » ne sous entend absolument pas qu’il y aura une autre pimbêche rencontrée sur un site de géolocalisation.  

Et dans les yeux de la seule personne digne de confiance autour de cette table je comprends que je dois fuir, mais que cela ne tient qu’à moi. Alors partons, et vite.

 

Tu veux faire quoi lui dis-je. Je n’attends même pas sa réponse. « Viens, on s’en va ». Je me lève. Salomé aussi. Je prends ses affaires, les miennes, je me penche vers A. et je lui dis « On a rencontré d’autres mecs sur Tinder on les rejoint dans un autre bar. ». Ok, j’aurais pu m’en passer de celle-là. Quoique.

On part, la tête haute, l’allure fière et j’ai envie de le gifler mais je suis plus digne que ça et mon amie aussi.

 

Sortie du bar je rigole nerveusement, encore. Puis le froid me saisit, ma fierté vient me faire une grimace et je m’énerve. Clope sur clope. Contrairement à mon acolyte je ne suis pas outrée, choquée, offusquée. Je suis juste en colère contre moi-même de ne pas avoir su réagir. Le point sur la table (ou dans sa gueule), j’aurai dû dire haut et fort que « merde, ça ne se fait pas » et rajouter un « connard » . Mais la chance que j’ai eu, c’est que quelqu’un qui venait de récupérer sa dignité était là pour le faire un peu comme « la vengeance de la copine en colère ». Allons boire, danser, rire, draguer … mais surtout boire pour mieux digérer et distraire ma fierté. Direction l’Empire.

 

Bonjour, on voudrait deux Sex On The Beach et deux shooters, quelque chose de fort, pour une fille qui vient de se faire prendre pour une conne. Voilà c’est ce qu’a dit mon amie quand on est arrivé. On s’est assise au bar, il n’y avait pas encore grand monde. On a bu. On avait un barman attitré. Notre Linus à nous alias M. pour les intimes. Au fur et à mesure de la soirée, on avait de plus en plus de verres à chaque tournée et on payait de moins en moins cher, on avait de moins en moins de glaçons dans nos verres et on était de plus en plus ivre. Forcément.

 

 

Je ne sais plus si c’est à la deuxième tournée de Sex On The beach qu’à l’autre bout du comptoir nous avons aperçu A. (oui, oui A.) avec sa pimbêche (oui, oui C.). LE MÊME BAR. Donc en fait son projet c’était vraiment de me gâcher la soirée … Le hasard aussi avait mal lancé ses dés. Pas de chance pour ces deux là, car nous assises au comptoir, on avait l’air de beaucoup plus s’amuser qu’eux. Merci Linus (cf. How I met your mother) pour ça. Des verres jamais vides, de la musique jamais morose, une fin de soirée qui soigna le début de cette même soirée.   

 

Ok il est rentré dans le même bar. Le même bar quoi. Mais on avait l’air de drôlement s’amuser. Et on s’amusait vraiment beaucoup. C’est normal après tout, on était entre amies. On a fait la fermeture, on a bu trop de cocktails, on a dansé, j’ai même marché au ralenti (bon ok, cette fois-ci c’était vraiment pas glam, j’ai failli me prendre la gamelle de ma vie), on a bu des shooters qui avaient la couleur d’un Canard WC, on a ri, beaucoup. En sortant on ne marchait pas droit, mais on était ivre et heureuse. Ivres d’alcool et de bonheur. Heureuses d’avoir une éthique, un fer de lance, une dignité. Chacune.

Je l’ai mise dans un taxi en sachant qu’il allait falloir prendre soin d’elle. Et lui prouver que ce ne sont pas tous des goujats.

Je suis montée tant bien que mal dans le taxi, en me disant que des mecs comme ça il y en a trop, mais qu’une amie comme elle il y en a qu’une. Quelle chance, c’est la mienne.

Un Doliprane s’il-vous plait !