Rôti Maillot

Je suis Charlie

Salomé – 07/01/15 – 11h30 – Bordeaux :

Je refaisais le monde avec mon amie Aurélia après un entretien raté. Je pleurais sur mon sort, celui de ma sœur et une fois de plus nos situations précaires. Je parlais de mes emmerdes, de mes soucis, de mes angoisses, de ma colère. Je prends le tram. Je rentre chez moi. Je me lave, comme pour me laver de tous mes échecs. J’allume mon ordinateur.

Et mon monde s’arrête.

 

Tiphaine – 07/01/15 – 13h40 – Paris :

J’étais en rendez-vous, en réunion. Je me faisais bâché sur des mots qu’on n’aimait pas. Des mots simples. J’étais un peu énervée mais ça allait. Et puis je suis sortie. J’avais faim parce qu’il était 13h30, et que ça faisait deux heures que j’étais en réunion. Et puis mon amie m’a appelé pour me demander où je travaillais. Elle habite à Bordeaux. Je ne comprenais pas. J’ai cru qu’elle allait me faire une surprise. Mais non. Elle m’appelait pour me dire qu’il y avait eu un attentat. Chez Charlie Hebdo. Une dizaine de morts. Mon sang a pas eu le temps de tourner en moi. Je me suis pas vraiment rendu compte. Et puis on a raccroché. Et là je trouvais qu’il n’y avait pas grand monde dans la rue. Et des sirènes de police beaucoup trop présentes. Et surtout j’étais hébétée.

 

Salomé – 07/01/15 – Bordeaux :

Un attentat dans la rédaction de Charlie Hebdo. J’assimile toutes les informations, une à une, petit à petit. Et puis le cerveau fait son travail. Le cœur aussi. Et les deux se parlent. On a tué des gens. On a attaqué la liberté d’expression Française. J’ai mal. Je suis en deuil. Je suis en colère. Je suis triste. Et j’ai peur. J’appelle mon amie. Elle habite à Paris. Je sais c’est bête, mais juste entendre sa voix.

 

Tiphaine – 07/01/15 – Paris :

Et je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce monde dans lequel on vit. Ce monde où des mecs arrivent dans une rédaction avec une kalachnikov et un lance roquette pour tuer des gens car ils ont des idées qui ne leur plaisent pas. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas pourquoi on fait ça. J’ai mal au cœur, au ventre. J’ai envie de pleurer, de vomir. Je suis en colère.

Je reçois des messages de ma famille, de mes amis qui s’inquiètent pour moi. Je vais bien. Je suis choquée surtout. Abasourdie et hébétée. Je ne comprends pas.

 

Salomé – 07/01/15 – Bordeaux :

En état de choc, comme beaucoup, j’ai un goût bizarre dans la bouche. Ça n’est pas une expression. C’est donc ça le dégoût, le vrai. Cette sensation que mon pays, la France, est en perdition ne s’apaisera jamais ? Au delà du deuil, des mes pensées et de mon soutien pour les familles et proches des victimes, j’aimerai ici passer un message qui me touche, me brûle le sang et que j’ai envie d’hurler. Cet attentat a été fait au « nom d’Allah » pour « venger le prophète Mahomet ». Je tiens, ici, à clamer mon soutien aux musulmans de France. Et j’invite tous les citoyens de mon pays à ne pas faire d’amalgames. Ces barbares n’ont rien compris au Coran, ni à la religion. Ces hommes ont déshonoré les musulmans, la religion, la liberté d’expression, les Français et la France. J’ai envie d’hurler. Mais dans quel monde vit-on ?

Un crayon, une plume, une gomme ont-il déjà massacré, tué, assassiné ?

 

Tiphaine – 07/01/15 – Paris :

Comme Salomé, j’ai le goût du dégoût dans ma bouche. L’incompréhension est totale et je serai toujours impuissante face à ce genre de situation. Au nom de quel Dieu peut-on commettre des actes si horribles. Ces deux hommes sont tous simplement des fous. Des tarés. Mais certainement pas des enfants de Dieu. Comme Salomé, je clame mon soutien aux musulmans, de France et d’ailleurs. Je ne veux pas faire d’amalgames, je n’en ferai pas et j’aimerais que personne n’en fasse. Nous nous trouvons face à des hommes qui se servent de la religion comme d’une arme pour assouvir leur barbarie. J’ai mal à ma France, j’ai mal à ma liberté d’expression, j’ai mal aux Français. Je ne comprends pas et je crois que personne ne peut comprendre tout cela.

C’est avec une grande émotion que je pense aux familles des victimes, à leurs amis. Mais aussi à tous les Français qui aujourd’hui sont outrés et ne comprennent pas cette barbabrie sans nom.

C’est ça notre monde ?

Salomé et Tiphaine

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